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Cas d’école

Je m’attarde encore un peu sur ce superbe festival, qui permet à Ouaga d’affirmer encore un peu plus son emprise sur le cinéma africain (en dépit de productions nationales bien modestes) et sa liberté de ton (surtout quand les sujets ne concernent pas le Burkina en lui-même, cf les Femmes en Noir).

Deux reportages ont spécialement attiré mon attention : celui sur Hissène Habré, l’ancien dictateur nigérien, et celui sur la disparation de Kieffer, journaliste français disparu en Côte d’Ivoire dans des circonstances bien étranges, et qui n’a pas eu la chance d’avoir le même comité de soutien que cette chère Ingrid.

Hissène Habré fait partie de ces dictateurs génocidaires déchus encore protégés par ses pairs, l’Union Africaine refusant de simplement autoriser le jugement de ces hommes d’Etats pourtant clairement coupables de crime contre l’humanité au sein de leur propre pays.

Le cas Mugabe est à cet exemple particulièrement frappant, maintenu au pouvoir par ses pairs en dépit de tout.

je sais, ca sert à rien de mettre en tout petit. alors cliquez dessus.

Toujours est-il que le reportage, dictator hunter, montre la lutte d’une ONG désireuse de mener Habré devant la justice, en Belgique, seul pays à avoir accepté d’accueillir le procès (la France ayant avec courtoisie refusé, bizarrement. Le dictateur actuel, Idriss Déby, peut respirer).

On suit avec beaucoup d’intérêt les témoignages d’anciens prisonniers politiques, rescapés des massacres ethniques (pas grand-chose, une petite quarantaine de milliers…avec torture quasi-systématique) qui émaillèrent la fin de règne de Habré, devenu paranoïaque, maladie récurrente chez les dictateurs. Habré est désormais tranquillement hébergé au Sénégal depuis sa fuite en 1990, où il a tissé de solides relations protectrices, attendant patiemment le prochain report du procès, prévu pour 2009 au Sénégal à la suite de la décision de l’Union Africaine.

J’ai eu la chance de discuter quelques minutes avec un de ces anciens prisonniers, fossoyeur contraint de ses camarades de cellules, jusqu’à 10 par jour.… Edifiant.

Le second reportage montre la trajectoire de Guy-André Kieffer, journaliste français enquêtant sur la sulfureuse et ô combien rémunératrice filière cacao-café en Côte d’Ivoire, et disparu en 2004 alors que ces découvertes mouillaient et menaçaient de plus en plus la nébuleuse Gbabgo et ses proches.

Intéressant (et malgré tout un peu subjectif) comment le reportage tente d’incriminer la diplomatie française curieusement silencieuse sur le sujet (Ingrid ?? pardon…je m’égare) ce qui n’a sans doute rien à voir avec les intérêts français du côté d’Abidjan.

En tout cas, l’affaire vient de rebondir dernièrement avec l’inculpation d’anciens collègues du journaliste ainsi que la demande d’audition (démentie) de Simone Gbagbo et d’anciens ministres dont le reportage cherche à montré sans ambiguïtés sinon la culpabilité au moins l’implication dans l’affaire.

Je ne voudrais pas faire preuve de candeur ou de naïveté (trop tard…) mais j’enfonce des portes ouvertes sur les méandres de la relation franco-africaine (ou américano-africaine, ou européano-africaine, ou…), quand relations économiques et politiques se mêlent dangereusement et où le silence et l’intérêt d’Etat sont plus important que la cause d’un journaliste disparu.

Comme toujours dans un reportage orienté, les plans sont combinés de manière à nous faire voir et comprendre ce que l’auteur décide, mais quand même…

Contradictions au Faso

Le Burkina, par ce festival Ciné Droit Libre, montre une nouvelle fois sa liberté de ton, son ouverture, ses aspirations humanistes. Nombreux participants réclamaient aux organisateurs, lors des débats après les films, de donner au festival une dimension panafricaine, car ce que les oreilles et les yeux burkinabé avaient la chance d’entendre et de voir, dans l’ordre, il fallait que les Camerounais, les Ivoiriens, les Gambiens et tant d’autres puissent également y avoir accès.

Un des films vient cependant soulever les contradictions d’un pays comme le Burkina, apparemment calme, apparemment démocratique, mais où des affaires restent sombres, entre le cas Sankara et l’affaire Zongo, éternel poissons de mers des conversations burkinabé, témoignant encore de l’opacité de la justice au Burkina, mais aussi en Afrique.

Le documentaire « Les femmes en Noir » montrent le combat silencieux des femmes burkinabé désirant honorer la mémoire de Norbert Zongo, ce journaliste mort dans des circonstances étranges en 98, entre « accident » et vengeance face à ces écrits dérangeants pour le pouvoir.

Un non-lieu a été déclaré à ce sujet en 2006, mettant définitivement fin à tout espoir de tirer au clair cette affaire qui a ébranlé bien plus que les organes de presse au Burkina.

Plus que jamais, la vie est chère

Mieux vaut en rire, avec cette photo notamment…

si en plus on nous oblige…

Mais quand même, l’atmosphère est lourde en ce moment au Burkina, et pas seulement à cause des orages. Les émeutes sont loin derrière, certes, mais le climat social est loin d’être apaisé, la rentrée risque d’être chaude. Même à notre niveau, pourtant relativement décalé de la réalité sociale du pays, on le sent, dans les conversations, ici et là.

Morne saison?

Le retour à Ouaga se fait doucement, initialement astucieusement programmé pour assister au sacre de l’équipe de France à Ouaga et non dans l’avion.…

Contrairement à un retour de vacances classique, ici, pas d’amertume, ni de regret ou de traîne-les-pieds à l’idée de retourner au travail.

D’abord en raison d’un challenge professionnel renouvelé pour les mois qui viennent, que ce soit pour Isa ou pour moi, mais aussi par toutes les choses que l’on redécouvre et retrouve avec plaisir à Ouaga, désormais clairement ancré (ancrée ? Ouaga est-il ou elle une ville féminine ?) dans la saison des pluies.

Le déroulement est toujours le même, prévisible comme dans une comédie romantique américaine (ou française, après tout):

Une pluie que l’on voit venir de loin, annoncée par des variations de températures rapides, d’abord une montée de chaleur étouffante, humide, lourde, puis un soudain rafraîchissement précédant des tourbillons de poussières et un vent vicieux, surtout en moto. Pour autant, les premières gouttes restent surprenantes, chaudes, tropicales et d’une grande violence.

Les 6 mètres entourant la maison témoignent avec force du passage de la pluie : les chemins sont totalement souillés, bosselés, à la limite du praticable,(surtout en tongs).

Les quartiers non lotis de Ouaga, ces zones où le goudron n’existe pas, où les maisons faites de banco vacillent, où la salubrité est déjà limite en saison sèche souffrent évidemment beaucoup de plus de cette période : l’eau ne s’évacue plus des rares égouts et croupit au milieu des déchêts, les odeurs montent lorsque la chaleur revient, car saison des pluies, malgré un redoux évident des températures, n’est pas synonyme de fraîcheur permanente.

A notre niveau, très privilégié, cette saison s’accompagne aussi de ses contrariétés: de régulières coupures d’eau et d’électricité, très handicapantes quand on y est naturellement habitué, et d’autant plus quand on travaille de chez soi, sans générateur, et de la recrudescence des moustiques qui vivent leur saison préférée, et tout dernièrement d’une énorme fuite d’eau dans la cuisine, dûe à l’accumulation de saletés sur le toit.

oui, je sais, on se rend pas compte que le toit était totalement couvert de saletés et que la cuisine avait 4 cm d’eau. (bon, 2, mais quand même)

Astro

Pas de petit robot, mais un accompagnement musical de saison.

Petit Yodé et Siro, deux figures du coupé décalé ivoiriennes sont les invités surprises du comité de tutelle imposé à Raymond Domenech dans le cadre renouvelé de ses fonctions, avec ce titre qui fait fureur depuis déjà 2 mois sur les dance floor ouagalais : Signe Zo, indéniablement en hommage aux penchants astronomiques du sélectionneur français. Je recommande d’ailleurs le duo à Raymond lors de la couverture musicale de son mariage.

D’ailleurs, et pour une fois, le poste de sélectionneur des Etalons semble plus stable que celui de son homologue français, puisque les Etalons continuent de caracoler en tête de leur groupe après avoir atomisé les redoutables Seychelles. L’entraîneur portugais et ses joueurs ont ainsi été reçus par le premier ministre Tertius Zongo, témoignage du nouvel élan populaire du pays autour de ses joueurs et se sont vus remettre une médaille d’honneur.

Un peu prématuré encore, puisque la route reste très longue jusqu’au Cap !

Coincidence

Au moment de rentrer dans le grand amphi du CCF pour assister au début du festival Ciné Droit Libre, placé cette année sous le sceau de Moussa Kaka, on apprenait la libération d’Ingrid Bétancourt.

première journée hier, déjà deux films super intéressants dont je vous reparlerai

Peut-être à cause d’un tropisme africain de plus en plus marqué (et ca semble logique, non ?), j’ai du mal à trouver justifié l’envahissement médiatique fait autour de Bétancourt, pleinement consciente des dangers de son intrusion en territoire FARC (mais en pleine campagne électorale), alors que d’autres causes sont ignorées, à mon avis autrement plus injustes. Par exemple, un parmi tant d’autres bien sûr, celle de Moussa Kaka, journaliste nigérien, correspondant de RFI et emprisonné par le gouvernement nigérien pour une soi-disant connivence avec le mouvement touareg qui menace la stabilité du pays au Nord. Simplement à cause de contacts établis dans le cadre de son travail.

A quand un concert place de la République pour Moussa Kaka ? Des banderoles ? La mobilisation de Renaud ? (ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je ne souhaitais pas qu’Ingrid Bétancourt reste en prison. Vivement son livre puis le film (selon Isa, Charlotte Gainsbourg serait parfaite. Qui pour jouer le rôle d’un Sarko dépité de n’y être pour rien ??)

En tout cas, le parallèle entre les deux situations au moment même du lancement du festival était évident… et encore, la situation de Moussa Kaka est relativement bien médiatisée, du fait de son appartenance à RFI. Rama Yade a déclaré que la France « ne pouvait pas s’en méler comme ca. ». Pas comme en Colombie ou en Lybie en tout cas.

Par ailleurs, le festival est marqué par la présence de nombreuses autres femmes de journalistes africains morts, disparus ou emprisonnés pour de semblables raisons.

Une ambassadrice et de la bonne volonté

La deuxième dame de France, ou presque, Laetitia Hallyday, est ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF, et à cet égard, elle est venue offrir des vacances au Burkina à 247 photographes de Voici et compagnie lors de sa visite au pays des hommes intègres. L’UNICEF avait choisi entre autres réceptions une école pour enfants aveugles et malvoyants, qu’Isa et moi avions également visité puisqu’une amie y travaille.

Bonne initiative, sans doute, mais très peu de tact de la part des photographes, à 3 cm des enfants avec leurs appareils d’une discrétion à toute épreuve, mais également peu de scrupules de la part de l’UNICEF qui s’offre une pub à peu de frais, utilisant l’image de Laetitia sans participer à l’accompagnement ou le développement de l’école d’aucune manière que ce soit : un passage éclair, de jolies photos, et on plie bagages, sans aucune participation financière ou matérielle, sans engagement futur pour une école pourtant au bord du gouffre financièrement, dépendante de son antenne européenne.

L’école accueille, héberge et nourrit plus de 100 enfants, le plus souvent abandonnés ou laissés pour compte par leur famille, qui n’a le plus souvent ni les moyens ni le temps de s’occuper d’enfants handicapés. L’école leur permet de suivre une scolarité adaptée, et la plupart peuvent rejoindre ensuite des lycées « normaux ». La visite est impressionnante, entre lecture en braille, à une vitesse plus qu’honorable, écriture, application et curiosité de la part de  ces élèves aveugles. Malheureusement, tant que les fonds seront là. 300 euros par an suffisent pour parrainer un enfant (à bon entendeur, je me ferais un plaisir de relayer les demandes).

Ces interrogations financières ne sont pas anodines à un moment où de nombreuses ONG présentes au Burkina (un peu le Disneyland des ONG) connaissent des difficultés financières pour financer leurs programmes et leurs personnels permanents.

J’espère me tromper sur l’UNICEF, qui, évidemment, fait souvent du bon travail, mais dans le cas présent, la situation est pour le moins étonnante.

A moins que Johnny n’enregistre en ce moment un disque sur le sujet…

Parenthèse syndicale

Quelques jours de vacances à la maison et le blog pâtit logiquement d’un petite mise entre parenthèses jusqu’au retour au pays des hommes intègres, le jour même de la finale de l’Euro.

Il était temps, je commencais vraiment à faire n’importe quoi, comme à l’occasion de cette soirée spéciale “extravagance capillaire”.

ca dure 3 heures, ca fait mal et c’est moche…Bilan irréprochable!!

Le pire, c’est même pas ca mais plutôt l’effet gaufre au moment de les retirer:

Allez, bonnes vacances!!

 

Quelques soirées, quand même…

Il est vrai que malgré tout les efforts menés par certaines compagnies théâtrales ou de danse, en dépit des manifestations régulières du CCF (Centre Culturel Français), et même en comptant les nombreux festivals épisodiques (Jazz à Ouaga, Fespaco, Ouaga Hip Hop…), il est parfois difficile de trouver des activités nocturnes régulières et variées.

Contraints, forcés, on se retrouve en soirée, ou à écumer (en toute modération bien sûr) les maquis. Dernièrement, à l’occasion de mes un an au Burkina, on a organisé une petite fête à la maison, mettant à contribution la terrasse, les talents de percussions de Top 50, la dolotière du quartier et la horde de 67 voisins, en plus des habituels amis.

Une bonne occasion de mélanger les genres et de constater la très belle descente de nos voisins, plus habitués au thé et au dolo qu’à la bière en bouteille et au gin. Ils ont fait honneur, ceci dit…

Burkina-Burundi, où comment un étalon bouffe de l’hirondelle

Dans la foulée d’une superbe (et inattendue) victoire en Tunisie, les Etalons burkinabé recevaient les modestes hirondelles burundaises au Stade du 4 Août pour confirmer leur bon départ dans cette campagne qui mènera en Angola pour la CAN 2010 et en Afrique du Sud pour la Coupe du Monde.

Belle victoire 2 à 0, grâce à un doublé de l’ex-idole-déchue-de-retour-au-sommet, Moumouni Dagano, devant une foule habituellement très changeante, mais nombreuse et derrière son équipe pour l’occasion.

tout le monde était là, du fan club de Blaise à la mascotte lourdement déguisée…

J’avoue m’être emballé, voyant déjà la petit Faso en Coupe du Monde, face à la probabilité importante de voir les Etalons remporter ce groupe. En fait, il ne s’agit que de la 2eme phase, et la 3eme risque d’être plus difficile, car amputée des équipes de type Seychelles, Maurice et compagnie…

On verra, mais saluons le renouveau de l’équipe et attendons un peu…Le Togo l’a bien fait en 2006…

un peu d’ambiance juste après l’ouverture du score. ceci dit, à comparer avec l’atmosphère incroyable au moment du coup d’envoi de Ghana-Nigéria à Accra lors de la CAN; Imaginez après un but…